Quand l'intérêt supérieur de la
collectivité est en jeu, une personne privée,
particulier ou société, peut être
obligée de céder un bien à l'Etat,
à une collectivité locale, voire à
une société d'économie mixte ou
un organisme assumant une mission de service public
(organismes sociaux, etc.). Cette opération,
appelée "expropriation" ne peut concerner
que des immeubles ou des droits réels immobiliers
(usufruit, servitude, etc.).
Fondée sur la notion d'utilité publique,
l'expropriation peut aussi être mise en uvre
dans le cadre d'opérations privées
ayant d'importantes retombées sur la collectivité
publique. Exemples : création d'un lotissement
pour accroître l'offre de logements, d'un
parc de loisirs avec embauches à la clé,
etc.
L'enquête publique
Première étape de la procédure
administrative : un arrêté du préfet
ouvre une enquête d'utilité publique.
L'arrêté précise la date d'ouverture
et la durée de l'enquête (qui ne peut
être inférieure à quinze jours),
son objet, le périmètre et les immeubles
concernés, les conditions de recueil des
observations du public, etc. Il désigne aussi
un commissaire-enquêteur ou le président
de la commission d'enquête.
Toute personne intéressée peut consigner
par écrit ses observations sur les registres
ouverts à cet effet à la préfecture,
sous-préfecture ou à la mairie. C'est
à ce stade que les propriétaires concernés
peuvent notamment contester l'utilité publique
de l'opération en soulignant ses inconvénients
(sur le plan social, de l'environnement, etc.) ou
en essayant de prouver que les avantages attendus
ne compensent pas les atteintes à la propriété
privée.
A la fin de l'enquête, dans le délai
d'un mois, le président de la commission ou
le commissaire enquêteur transmet ses conclusions,
favorables ou défavorables au projet, au préfet
ou au sous-préfet.
Ces conclusions peuvent être consultées
en mairie, à la préfecture et à
la sous-préfecture.
La déclaration d'utilité publique
Aucune condition d'éloignement n'est exigée.
De même, la mutation peut parfaitement avoir
été demandée par le salarié
lui-même.
La déclaration d'utilité publique (DUP)
intervient par décret en Conseil d'Etat dans
le délai de 18 mois après la clôture
de l'enquête. Si les conclusions de l'enquête
sont favorables, elle peut aussi être prononcée
par arrêté ministériel ou préfectoral
avec un délai réduit à un an.
Le décret en Conseil d'Etat est toutefois
obligatoire pour toutes les opérations d'envergure
(construction de chemins de fer, d'autoroutes, etc.).
La DUP précise le délai pendant lequel
l'expropriation doit être réalisée.
Ce délai ne peut être supérieur
à cinq ans dans le cas d'un arrêté
ministériel ou préfectoral.
Ce délai est porté à dix ans
pour les opérations portant sur des plans
d'aménagement, des plans d'urbanisme ou des
plans d'occupations d'occupation des sols approuvés.
Dans tous les cas, le délai peut être
prolongé une fois pour une durée équivalente
dans les mêmes conditions de forme (et même
sans limitation quand il s'agit d'un décret
en Conseil d'Etat).
Dans les deux mois qui suivent sa publication, la
DUP peut être contestée pour excès
de pouvoir devant le Conseil d'Etat (décret)
ou le tribunal administratif (arrêté).Mais
ce recours n'est pas suspensif : la procédure
d'expropriation se poursuit pendant ce temps.
On peut aussi tenter au préalable, sans grande
chance de succès, un recours gracieux auprès
de l'administration.La procédure contentieuse
pourra alors être engagée dans les
deux mois qui suivent le refus ou la fin du délai
de refus tacite (quatre mois).
Dans le délai d'un an après la publication
de la DUP, les propriétaires de terrains destinés
à l'expropriation peuvent demander à
la puissance publique concernée d'acquérir
leur bien. Cette acquisition doit être réalisée
dans les deux ans qui suivent la demande, délai
qui peut être majoré une fois d'un an.
A défaut d'accord, le propriétaire peut
saisir le juge de l'expropriation au tribunal de grande
instance pour qu'il prononce le transfert de propriété
et fixe l'indemnité.
L'enquête parcellaire
Parallèlement à l'enquête et
à la déclaration d'utilité publique,
le préfet engage une "enquête parcellaire",
d'une durée minimale de quinze jours, pour
identifier précisément les immeubles
et les propriétaires concernés par l'opération.
La notification de cette enquête est déposée
en mairie et envoyée aux propriétaires
connus. C'est l'occasion pour ces derniers de vérifier
l'exactitude des renseignements en possession de l'administration
ou de demander certains aménagements (maintien
d'un accès à une maison, etc.).
L'arrêté de cessibilité
A l'issue de cette enquête, le préfet
prend un arrêté de "cessibilité".En
d'autres termes, il détermine les immeubles
susceptibles d'être expropriés. Cet arrêté
est notifié dans les six mois aux intéressés
ainsi qu'au juge de l'expropriation (au tribunal de
grande instance).
A l'issue de cette phase administrative, l'ensemble
du dossier est transmis au juge de l'expropriation.Après
avoir vérifié la présence de
toutes les pièces nécessaires et le
respect des formalités légales, celui-ci
prend une ordonnance d'expropriation des immeubles
concernés.
L'ordonnance est publiée au Fichier des Hypothèques
afin que le transfert de propriété soit
public et opposable aux tiers, et notifiée
aux intéressés par lettre recommandée
avec AR ou acte d'huissier. Elle fait également
l'objet d'une publicité par affichage ou insertion
dans la presse.
Le propriétaire exproprié peut introduire
un pourvoi devant la Cour de cassation (pour incompétence,
vice de forme ou excès de pouvoir) dans les
quinze jours qui suivent la notification de l'ordonnance.
Mais ce recours n'est pas suspensif. Le propriétaire
dispose alors de quatre mois pour produire un mémoire
en bonne et due forme justifiant son pourvoi.
Une éventuelle annulation s'applique à
l'ensemble des propriétaires concernés
par l'ordonnance.
Les conséquences de l'ordonnance d'expropriation
L'ordonnance d'expropriation entraîne le transfert
immédiat de la propriété de l'immeuble
ou des droits en question (usufruit, etc.) ainsi que
la résiliation des baux en cours. Mais l'ancien
propriétaire conserve le droit de jouissance
du bien, tant qu'il n'a pas perçu l'indemnisation
versée par la puissance expropriatrice. Il
peut donc rester dans les lieux ou continuer à
percevoir un loyer.
Le nouveau propriétaire est en revanche redevable
de tous les impôts afférents au bien
(taxe foncière, etc.).
Les accords amiables
Le propriétaire et la puissance publique concernée
peuvent aussi parvenir à un accord amiable
avant la publication de la DUP. Il s'agit alors d'un
contrat classique qui entraîne un transfert
de propriété dans les conditions de
droit commun. Après la publication de la DUP,
le juge de l'expropriation rendra une ordonnance entérinant
l'acte de cession amiable.
La fixation des indemnités
Dans un premier temps, la collectivité concernée
évalue le bien et propose une indemnité
au propriétaire.
Cette proposition ne peut intervenir qu'après
avis du service des Domaines, qui dispose d'un mois
pour répondre à la demande de la collectivité.
Le propriétaire a quinze jours pour faire
connaître sa réponse et formuler une
contre-proposition. Son silence équivaut à
un refus.
A défaut d'accord, le juge de l'expropriation
est alors saisi, soit par la collectivité concernée
(à tout moment de la procédure après
l'ouverture de l'enquête préalable),
soit par le propriétaire, après l'ordonnance
d'expropriation.
Le défendeur (la partie qui n'a pas pris l'initiative
de la saisine) dispose d'un mois pour faire parvenir
au juge un mémoire justifiant sa position.
Dans les huit jours qui suivent sa saisine, le juge
fixe une date pour visiter les lieux et la communique
aux parties en présence, au moins quinze jours
à l'avance.
La visite a lieu en présence des parties,
du secrétaire-greffier et du commissaire
du Gouvernement, généralement le Directeur
des Domaines.
En audience publique, le juge fixe ensuite la valeur
des biens en question en tenant compte des différents
paramètres en sa possession. Cette valeur est
obligatoirement comprise entre le prix réclamé
par l'exproprié et l'évaluation faite
par la collectivité concernée (ou l'avis
formulé par les Domaines, si cet avis est inférieur
à la proposition faite par la collectivité
concernée). Si l'avis des domaines est supérieur
aux évaluations des parties, cet avis s'impose
au juge.
Le juge peut notamment tenir compte des déclarations
fiscales faites par l'exproprié dans les
cinq ans précédents (déclaration
de succession, etc.).
Il doit également tenir des éventuels
accords amiables auxquels sont parvenus d'autres
expropriés avec la collectivité publique
concernée. Il doit obligatoirement les prendre
pour base quand ces accords ont concerné
au moins la moitié des propriétaires
(ou les deux tiers) et au moins les deux tiers des
surfaces en cause (ou la moitié).
Le juge doit fixer une indemnité principale
(valeur vénale du bien) et des indemnités
accessoires, destinées à couvrir les
frais que doit engager l'exproprié : indemnité
de remploi (frais de recherche d'un nouveau bien,
impôts et taxes à payer, etc.), frais
de déménagement, indemnités de
licenciement s'il s'agit d'un professionnel.
Le locataire d'un bien exproprié a également
droit à une indemnité d'éviction
personnelle et de déménagement.
Les parties en présence et toute personne
intéressée (locataire, etc.) peuvent
faire appel du jugement auprès de la Cour d'appel
compétente dans les quinze jours qui suivent
la notification. Elles peuvent ensuite introduire
un pourvoi en cassation dans les deux mois qui suivent
la décision d'appel. Mais ces procédures
de recours ne sont pas suspensives.
Paiement de l'indemnité et prise de possession
des lieux
La collectivité publique ne peut prendre possession
des lieux qu'un mois après avoir versé
l'indemnité à l'exproprié.
Au lieu de verser une indemnité à
un professionnel (artisan, commerçant, etc.),
la collectivité peut aussi lui proposer un
local équivalent dans la même commune.
L'équivalence est placée sous le contrôle
du juge, le professionnel ne pouvant refuser cette
substitution.
Quand le paiement intervient plus de trois mois après
la décision du juge, l'exproprié peut
exiger en plus des intérêts de retard
calculés au taux légal. Si le retard
est supérieur à un an, il peut demander
une réévaluation au juge.
Au moins six mois avant la prise de possession des
lieux, la collectivité publique concernée
doit formuler au moins deux offres de relogement aux
occupants des locaux concernés (locataire,
professionnels, propriétaires-occupants, etc.).
Les offres doivent naturellement correspondre aux
besoins et aux moyens des intéressés.Ces
derniers disposent de deux mois pour accepter ou refuser.
Naturellement, l'indemnité d'éviction
sera moins élevée si l'occupant accepte
l'offre de relogement.
Quand les immeubles expropriés n'ont pas été
affectés à l'usage prévu dans
un délai de cinq ans suivant l'ordonnance d'expropriation,
les anciens propriétaires peuvent demander
la rétrocession de leur bien (tout en conservant
l'indemnité versée). Cette demande peut
intervenir dans les trente ans suivant l'ordonnance.
Ils peuvent aussi demander des dommages-intérêts
quand la rétrocession n'est pas possible.
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